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« Le local, c’est plus cher »… ou c’est perçu comme tel?
Le coût de l’alimentation a augmenté. Les familles le ressentent à la caisse, et cette réalité ne peut être ignorée.
Reconnaître cette hausse tout en affirmant l’importance de l’achat local n’est pas se déconnecter du réel, bien au contraire. C’est partir d’un constat partagé pour engager une réflexion plus juste et plus nuancée sur la question du prix des produits locaux.
Pourquoi? Parce que l’un des freins les plus souvent évoqués lorsqu’on parle d’achat local demeure la perception du prix. L’idée selon laquelle les produits locaux seraient systématiquement plus chers est profondément ancrée, même si elle ne correspond pas toujours à la réalité.
Il n’est pas vrai que tout soit nécessairement moins cher à l’épicerie ou dans les grandes surfaces à rabais. Les écarts de prix varient selon les produits, les saisons, les arrivages et les contextes, autant en marché public qu’ailleurs.
Le prix ne dit pas tout!
Comparer un produit local à un produit standardisé uniquement sur la base du prix unitaire revient à comparer deux logiques différentes. L’une repose sur le volume, la compression des coûts et une marge plus faible pour le producteur; l’autre sur la qualité, la fraîcheur, la traçabilité et la valeur réelle du produit.
La durée de conservation (une laitue du Québec se conserve deux à trois fois plus longtemps au réfrigérateur), le goût (une fraise qui goûte la fraise), la satisfaction et le lien de confiance font aussi partie intégrante de cette valeur. Bien souvent, acheter local permet d’acheter mieux, d’acheter plus justement et, parfois, d’acheter moins, mais avec plus de sens. Et contrairement à une perception tenace, ce choix n’implique pas systématiquement un prix plus élevé.
Comme ailleurs, les prix fluctuent en marché public selon la saison, l’abondance et les arrivages. Un produit peut être plus cher une semaine et moins cher la suivante. Rien n’est homogène, sinon la perception générale qui persiste. Il s’agit aussi de comparer adéquatement des produits équivalents entre eux et non des catégories complètement différentes.
Ce qui est certain, toutefois, c’est que le prix en marché public reflète ce qu’il est réellement: le coût de production, le travail humain, la qualité des ingrédients et l’absence d’intermédiaires. Il ne s’agit pas d’un prix gonflé, mais d’un prix juste et transparent. À l’inverse, dans les circuits longs, une partie du coût demeure invisible, diluée dans des chaînes de distribution complexes, des volumes industriels et des stratégies promotionnelles qui masquent la valeur réelle du produit, ainsi que les contraintes auxquelles les producteurs doivent se plier pour accéder aux grandes chaînes.
Un enjeu d’accessibilité collective
Cela dit, toute réflexion sur le prix des aliments amène inévitablement la question de l’insécurité alimentaire. Il est essentiel de reconnaître cette réalité pour une partie de la population et de rappeler que l’accès à des aliments sains et de qualité ne peut reposer uniquement sur la capacité individuelle à payer.
C’est pourquoi l’Association des marchés publics du Québec (AMPQ) travaille activement à la reconnaissance et au déploiement d’un programme national de coupons nourriciers. Ce type de programme vise à alléger le budget des familles vivant en situation d’insécurité alimentaire, tout en leur permettant de s’approvisionner dans les marchés publics, des lieux d’accès, de rencontres et de dignité alimentaire où les choix locaux ne sont pas réservés à quelques-uns, mais rendus accessibles au plus grand nombre.
À terme, ce programme favoriserait l’accès à des aliments frais et de chez nous, encouragerait la création de liens concrets avec la communauté et contribuerait à maintenir les retombées économiques au sein de nos territoires, plutôt que de les voir quitter le Québec.
Parler du prix des produits locaux, ce n’est donc pas parler de cherté. C’est parler de valeur, d’accessibilité et de choix collectifs. Et c’est précisément ce changement de regard qui permet de sortir du réflexe défensif pour entrer dans une logique plus juste, plus inclusive et plus durable.